je vous avertis tout de suite, ce billet sera long! Depuis notre arrivée que je veux vous parler de ce sujet, et à force de remettre la chose à plus tard, la “chose” s’est enflée, d’où la longueur de ce billet!
À notre arrivée, les débats étaient grands autour de la révision de la loi sur les mines. Malgré la grande opposition de la part des groupes indigènes, des partis d’opposition et des groupes environnementaux, le gouvernement a finalement approuvé sa nouvelle loi il y a deux semaines. Il faut savoir que le gouvernement élu est dirigé depuis 2009 par Martinelli, un riche commerçant aux tendances autocratiques (selon les sources de Wikileaks!).
Donc, le gouvernement approuve la loi sur les mines. En plus de permettre l’exploitation des mines à ciel ouvert, cette loi prévoit l’augmentation des droits miniers de 2% (loi actuelle) à 5%. Les groupes s’opposant ont donc continué à manifester, contre le peu de revenus et les dommages à l’environnement. Surtout, les terres des indigènes de la région de Chiriqui (où nous sommes) sont principalement visés par l’exploitation.
Donc, les indigènes et groupes environnementaux ont commencé à manifester. Il y a deux semaines, Yan et moi avons passé 3 jours dans l’île de Boca Chica. À notre retour, nous avons été bloqué à l’interaméricaine pendant 5 heures: les indigènes de la nation Ngöbé Buglé manifestaient contre la loi minière. 5 heures, sans nourriture (on s’en allait dîner) et surtout, sans eau. Deux choses nous ont frappé pendant cette manifestation. De un, les indigènes attendaient l’implication de la police et étaient plutôt inactifs, avec très peu de slogans, de pancartes, de chants. Ils attendaient. De deux, tout en scandant NATURALEZA, tous les indigènes jettaient par terre leur résidus (sacs vides, bouteilles..)…
De manière intéressante, les gens étaient plutôt en accord avec cette manifestation. L’exploitation endommagera les rivières et terres des indigènes, tout comme leur qualité de vie directe. Pour comprendre l’impact de ces manifestations, il faut savoir qu’une seule route permet la traversée du pays c’est-à-dire l’interaméricaine. Pas de deuxième chemin. La route traverse de haut en bas le pays et c’est la seule. Donc la bloquer équivaut à bloquer l’économie et les passagers. Cette journée la, l’interaméricaine était bloquée sur différents endroits et lorsque le viceministre s’est présenté pour négocier, il a été agressé par les indigènes.
À Panama la semaine dernière, nous avons manifesté contre la loi avec notre ami Hugo. La manif, organisé par divers groupes environnementaux était très pacifique. On s’est d’ailleursamusé à changer le slogan: Esta lucha no es de uno (Cette lutte n’est pas d’une seule personne) par: Esta lucha no es de Hugo (ce qui sonne pareil!)
Après plusieurs manifestations, le gouvernement adopte un decret stipulant qu’aucune exploitation ne sera effectuée à Cerro Colorado, la principale mine à ciel ouverte planifiée dans la Comarca (le territoire indigène, qui est quasi indépendant du gouvernement). Cela ne suffit pas, et les manifestations continuent. Les indigènes et groupes environnementaux veulent la révocation de la loi tout comme un moratoire sur l’exploitation minière.
Malgré la multiplication des manifestations, à Chiriqui, sur l’interaméricaine et à Panama, le gouvernement garde une position absente. Aucune intervention policière. Pas de négociations en vue. Les indigènes ont dit être prêts à mourir pour leur cause, et clairement, le gouvernement ne veut pas s’attirer les foudres pour avoir provoqué des violences.
La présence d’étrangers pendant les manifestations dérangent beaucoup. Une publicité gouvernementale circule d’ailleurs depuis hier disant que les étrangers, de par leur statut, n’ont pas le droit de participer ni d’organiser ces manifestations. [on commence à voir la tendance autocratique du gouvernement: faudrait surtout pas que les indigènes reçoivent de l'aide extérieure pour s'organiser!] On arrête un journaliste espagnol, et sont entamées les procédures pour l’extrader: ce n’est pas la première fois pour ce journaliste dont la couverture des enjeux indigènes ne semble pas plaire au gouvernement. Donc, on a 1000 indiens dans la rue, mais on chiâle contre les 5 étrangers qui étaient présents. Je ne pouvais pas m’empêcher hier de dénoter le ridicule de la situation: lors de la première manifestation, nous étions sur place mais n’avions rien à voir avec la manif. Selon les propos du gouvernement, on “prenait part”. À la deuxième manif, on prenait part, mais on ne dérangeait personne. Bien sur, au lieu de prêter attention aux revendications du peuple, attaquons les étrangers.
Luis est parti de Panama samedi matin. Le traffic a été bloqué sur l’interaméricaine pendant plus de 24heures. Il a finit par descendre du bus et marcher quelques heures en plein soleil pour venir à notre rencontre. Dans l’autobus, des familles et des petits vieux, incapables de marcher et obligés d’attendre. Des gens malades, sans médicaments et nourritures, souffrant de diabètes, d’hypertension… Comme les manifestations étaient nombreuses, la plupart des voitures n’étaient pas capables de revenir sur leurs pas et étaient pris au milieu de nulle part, encore une fois, sans accès à de l’eau ou à de la nourriture. L’interaméricaine est entourée d’arbres, impossible de “couper” ailleurs. Comme dans la crise de l’eau, le gouvernement n’est nulle part en vue, ni pour intervenir dans les négociations, ni pour fournir des services de bases aux gens prisonniers sur la route.
Bref, un beau chaos social. Malheureusement, les gens sont en train de perdre la sympathie initiale qu’ils avaient face aux indigènes. Bloquer l’économie, c’est une chose. Bloquer les gens? c’est beaucoup moins gentil… On espère que cela se règle rapidement: les négociations devraient commencer demain… comme les carnavals commencent à la fin de la semaine il est dans l’intérêt du gouvernement d’avoir règlé le tout. Sinon les gens vont être très fâchés…. (les carnavals sont LA fête annuelle: il n’est pas rare que les gens dépensent plus pour les carnavals que pour la rentrée scolaire, qui est aujourd’hui).